Je rentre en Suisse de mes vacances en Israël via Milan, avec (probablement) l'un des derniers vols d'Alitalia le vendredi 12 septembre. Quoique agonisant, la compagnie italienne offre encore gratuitement le luxe des quotidiens à tous ses voyageurs. J'en profite volontiers pour faire une revue de la presse après presque trois semaines de "décrochage" de l'actualité de mon Pays. Sur R2, le supplément culturel et d'approfondissement de la Repubblica, grand journal national édité à Rome, je lis un dossier de trois pages consacré à la vague d'homophobie montante dans la capitale. Insultes, agressions physiques et verbales, ainsi qu'actes de malveillance à l'encontre des lieux LGBT (associations et commerces) se succèdent dans un climat d'indifférence générale, à quelques exceptions près.
Dans le même supplément, une page entière relate de l'attitude révisionniste et négationniste des fautes du Fascisme affichée de manière de plus en plus fière et désinvolte par un certain nombre de dirigeants politiques, à commencer par le Ministre de la Défense, monsieur Ignazio Larussa, et le Maire de la ville éternelle, Gianni Alemanno. Les deux sont des exposants de l'Alliance nationale (AN), parti soi-disant postfasciste, allié de Berlusconi depuis 1994 et dès lors participant à tous ses exécutifs. AN est bien connue pour ses positions méprisantes vis-à-vis de l'homosexualité. Pour la petite histoire, en 2004 son ministre pour les Italiens de l'étranger, Mirko Tremaglia, avait traité les homosexuels d'«enculés» dans un communiqué de presse officiel du ministère (!) tandis que, précédemment, le président du même parti, Gianfranco Fini, avait affirmé à la télé que les homosexuels n'auraient pas dû être instituteurs dans les écoles primaires (monsieur Fini est à présent le président de la Chambre des députes, c'est à dire la troisième charge de l'État)...
Ce sera peut-être un hasard, mais lire tout ça en revenant d'Israël, où j'ai visité avec une vive émotion le Yad Vashem, le musée de la Shoah, m'a fait penser avec effroi aux témoignages de ceux qui ont fait les frais de la "Nuit de cristal". Ils y évoquaient, entre autre, la situation d'indifférence générale face aux violences subies et la condition d'isolement dont ils souffraient. Je me suis ainsi trouvé à constater les analogies entres les deux moments: vitrines qui volent en éclats, chauffeurs de taxi qui se refusent de transporter des personnes (en l'occurrence: un couple gay), indifférence, isolement, minimisation de la gravité des faits et de leurs retombées présentes et futures.
Bien entendu, l'Italie de nos jours n'est pas l'Allemagne nazie d'il y a soixante ans – et le contexte international non plus. Surtout, il n'y a pas l'intention délibérée d'exterminer systématiquement un peuple ou une communauté. Toutefois je me dis que cette indifférence, unie à la recrudescence de l'hostilité contre les homosexuels (et contre d'autres groupes déjà persécutés, tels que les Rom), est certes un symptôme fort inquiétant. [Pour prévenir une dérive vers des maux plus sérieux, il faut certainement faire œuvre de vigilance et preuve de solidarité pour lutter contre l'isolement civil des communautés concernées. Mais il faut d'abord restaurer sans cesse et à tous les niveaux la réalité historique et les valeurs humanistes, qui placent la dignité de l'être humain à la base de toute action et doivent constituer le fondement de toute culture démocratique de gouvernement. Nous tous, en tant que citoyens et homosexuels, nous devons nous en charger au jour le jour, tout en ayant la chance de vivre ici une réalité bien plus confortable.]